6 mars 2025
628 pages
628 pages
De l'ultra-réalisme à l'uchronie
Difficile d'envisager cet ouvrage comme un roman sur les 100 premières pages tant l'auteur s'applique à être au plus proche de notre politique contemporaine avec des personnages certes sous une force de fiction mais si proches de personnalités existantes qu'il est bien difficile de démêlé le vrai du faux, la part imaginée de la part "documentaire".
En cela, le début du roman est assez perturbant car la frontière entre réalisme et fiction est si mince que l'on a du mal à envisager le livre comme un roman et non comme une dénonciation politique et de l'avancée progressive de l'extrême-droite à la tête du pouvoir. Par ricochet, il est donc difficile d'entrer pleinement dans la fiction.
Et puis, l'auteur se confronte au genre complexe de l'uchronie dans une France où il n'y aura pas eu le COVID et où l'extrême-droite serait parvenue à Matignon. Il nous plonge alors dans une France de terreur où personne n'est à l'abris, où tout est fait pour protéger les intérêts du pouvoir en place et où les horreurs de la seconde guerre mondiale reviennent selon les moyens modernes.
La force du roman chorale
Plus de 600 pages sur une France en perdition et sur une politique aussi écoeurante qu'angoissante, cela aurait pu très vite devenir rébarbatif. Mais malgré quelques longueurs, l'auteur parvient à garder un rythme accrocheur grâce à une écriture chorale où non seulement le lecteur passe d'un point de vue à l'autre mais est aussi à une variété de styles d'écritures : points de vue interne ou externe, retranscription d'écoutes, forme théâtre avec les chroniqueurs...
Le lecteur est alors positionné au-dessus de tout ça et se retrouve malgré lui impliqué dans les mensonges de l'État, dans les magouilles diverses mais aussi dans le courage de ceux qui se battent pour tenter de sauver ce qui peut l'être. Se battent mais vont devoir aussi peu à peu faire face à leurs propres faiblesses et limites car nul n'est à l'abris d'aller trop loin ou de commettre des erreurs.
Alors que le lecteur comprend peu à peu les manipulation de l'état et le pouvoir de l'argent, il suit aussi une nouvelle forme de résistance mais qui avoue peu à peu ses limites...
Une intrigue pour prévention
Il ne faut tout de même pas s'y tromper, ce roman reste une fiction avec des rebondissements, des aspects polar et des personnages auxquels on s'attache. On y retrouve les ingrédients d'une bonne intrigue et l'auteur sait nous offrir une France et surtout un Lyon différents dans lesquels on se prend. Et si l'auteur use de sujets d'actualité poignants comme les catastrophes climatiques ou industrielles, on se rassure en refermant le roman de ne pas en être encore tout à fait là...
Pas tout à fait mais presque ! Et l'auteur use de sa plume pour mettre en garde le lecteur, le prévenir que le point de bascule est proche, que le monde tel que nous le connaissons pourrait changer bientôt, qu'il convient à chacun de prendre à garde à protéger ce qui peut encore l'être, les libertés individuelles et le vivre ensemble.
Un roman percutant et dérangeant donc on ne ressort pas indemne et où réalisme et fiction s'entremêlent pour nous mettre en garde sur ce que pourrait devenir la France.
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