Les codes du thriller domestique revisités
Pour se résumer, peut-être devrait-on parler ici d'un roman qui mêle huis-clos familial et cold case autour d'un sujet particulièrement tragique : la mort de nourrissons. Un postulat de départ particulièrement lourd et qui ne peut laisser insensible.
Quand le roman commence, on découvre Mélissa, emprisonnée depuis 6 ans pour l'assassinat de son bébé mais une preuve selon laquelle la petite Ellie aurait succombé à la mort subite du nourrisson lance un procès en appel dont pourrait bien découler la libération de la jeune mère.
Autant dire que, dès les premières pages, tous les ingrédients sont donnés au lecteur qui se laisse embarquer au sein de cette famille recomposée qui, peu à peu, va se révéler de plus en plus malsaine sans qu'on ne parvienne à mettre le doigt dessus.
Des codes classiques, en somme, mais des codes avec lesquels l'autrice s'amuse pour nous perdre et le fait est que c'est diablement efficace !
Car l'autrice ne s'englue pas dans les stéréotypes ni dans le manichéisme. Dans ce roman, personne n'est totalement bon ni totalement mauvais. Chaque personne porte sa part d'ombre plus ou moins acceptée mais qui, tôt ou tard, aura sa part d'importance dans le roman même si le lecteur n'en a pas conscience sur le moment.
Chacun fait ce qu'il peut avec les cartes qu'il a et c'est surtout dans le regard des autres personnages que l'on parvient à se faire une idée globale de chacun.
L'intérêt du roman chorale et de la double temporalité
L'autrice joue avec les différents points de vue de ses personnages pour mieux nous perdre et mieux nous faire douter de chacun. A plusieurs reprises, on a le sentiment d'avoir tout compris et un rebondissement vient tout remettre en question... jusqu'à un final décapant que je n'avais au final pas du tout vu venir !
Dans un premier temps, on navigue entre présent et passé, entre l'enquête de Jon avec un point de vue journalistique intéressant et le journal de Mélissa dans lequel on cherche à percevoir des indices. Puis, s'intègre le point de vue de Kelly, la jeune stagiaire, qui se révèle beaucoup plus maline que ce qu'on pouvait percevoir dans les premières pages.
On suit donc l'enquête de Jon en même temps que le récit des souvenirs de Mélissa ce qui développe l'engouement pour l'intrigue et l'envie de tourner les pages pour toujours en savoir plus.
Ce mélange de points de vue et de temporalités renforce le doute et l'incompréhension car, on font, on se surprend à avoir de l'empathie pour chacun des personnages et surtout de Mélissa dont, pourtant, on doute de l'innocence ou de la culpabilité.
Et il faut bien s'avouer aussi que l'autrice sait terminer ses chapitres pour nous laisser une révélation en suspens pour nous rendre son intrigue encore plus addictive.
De la psychologie à la dénonciation d'un système judiciaire
Si l'intrigue reste relativement classique, la force de roman réside dans sa capacité à nous faire réfléchir sur la société et notamment sur la cause des femmes. Mélissa souffre de dépression post-partum. Autrement dit, après la naissance de ses jumelles, elle ne parvient pas à s'en occuper correctement et encore moins à prendre soin d'elle-même.
Dès lors, aux yeux du monde, elle devient coupable. Coupable de ne pas aimer ses enfants et delà il n'y a qu'un pas avant de l'accuser de meurtre sur ses bébés.
C'est avec beaucoup de justesse que l'autrice nous plonge dans les affres de cette dépression très spécifique et nous permet d'un peu mieux la comprendre. A l'image de Mélissa, il m'a même été difficile de m'attacher aux jumelles.
Mais si Mélissa est innocente, quelle est la cause de la mort des bébés ? Et comme un polar n'est pas un bon polar sans mise en abime, on va vite se rendre compte que l'enquête sur l'innocence de Mélissa va en réalité révéler des secrets peut-être encore plus sombres...
Un très bon thriller et premier roman que les amateurs devraient apprécier.