vendredi 10 avril 2026

On achève bien les chevaux - Horace McCoy

 

7 janvier 2026
164 pages

Avis aux défenseurs de la cause animale, nulle question de maltraitance de chevaux dans ce roman. Le titre ne fait en réalité que référence à un passage clé du roman que je ne vous spoilerai bien sûr pas.


Une ambiance hors normes

Bienvenue dans l'Amérique des années 1930, au coeur de la crise. En ces temps troubles, chacun tente de trouver de l'argent comme il le peut et une des manières les plus en vogue est de participer à des marathons de danse.
Mais si l'idée de départ semble "cool", la réalité l'est bien moins car ces marathons qui durent plusieurs mois avec des pauses régulières de 15 minutes à peine usent jusqu'à l'épuisement les candidats. Et ne parlons pas des derbys, l'épreuve suprême !

C'est dans cette ambiance en apparence festive mais en réalité bien sombre que se rencontrent Gloria et Robert. Lui rêve de devenir producteur de films, elle désespère de devenir une actrice de renom.
Gagner le marathon leur permettrait de toucher du doigt leur rêve...

Ayant vu le film il n'y a pas si longtemps, je savais à quoi m'attendre avec ce roman et je dois avouer que j'ai trouvé le tout moins spectaculaire ici que dans sa version cinématographique. Mais l'horreur n'est-elle pas plus violente encore lorsqu'elle est suggérée ? non dite ? Car bien malin sera celui qui ressortira de cette lecture sans noeuds à l'estomac !


Des personnages à la dualité inversée

Gloria et Robert ne se connaissent pas au début du roman et c'est alors qu'ils se découvrent mutuellement que le lecteur les découvre aussi et essaye de les comprendre même si, il faut bien le dire, l'auteur sait une nouvelle fois jouer avec le pouvoir de la suggestion et du non-dit.

Dès les premières lignes, on comprend que quelque chose de grave s'est produit. Mais pourquoi ? Comment ? On va donc peu à peu suivre le destin de Robert qui raconte, les chapitres étant entrecoupés de la condamnation, inéluctable, qui nous apparaît de plus en plus claire au fil des pages.
On éprouve alors une vive compassion pour Robert malgré sont statu de "coupable" évident tendis que Gloria se révèle très vite être un personnage particulièrement dépressif, instable et souvent exaspérant alors même qu'elle pourrait susciter l'empathie.

Pas évident alors de se faire une opinion figée sur ces personnages profondément humains mais qui, dans la réalité, nous faire sans doute détourner le regard.


Une critique sociétale perturbante

On a souvent tendance à penser que le voyeurisme est né avec l'apparition de la télé-réalité mais ce besoin humain du spectacle a bien toujours existé et ce roman se fait bien témoin de la télé-réalité de l'époque : alors que les concurrents souffrent, les spectateurs sont là soir après soir pour soutenir "leur" couple préféré.
De même, les organisateurs se moquent bien de l'état des danseurs tant que le jeu "fonctionne" et que l'argent rentre dans les caisses.

Avec Gloria et Robert, l'auteur dénonce également le mépris de l'humain et des rêves de "ceux d'en bas" dans un monde où, au fond, ils ne sont rien, rien d'autre que du bétail destiné au divertissement.


Un roman dérangeant qui se lit très rapidement mais dont on ne ressort pas indemne et ne manque pas de nous faire réfléchir sur notre société actuelle.

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